TOP 4 de mes pires fails sur scène (dont un devant 40 000 personnes)
En plus de 15 ans de carrière et 600 concerts, j’ai eu la chance de fouler de grandes scènes, des festivals, des plateaux télé.
Mais j’ai aussi vécu quelques moments où j’aurais sincèrement voulu que la terre s’ouvre sous mes pieds.
Aujourd’hui, pas de leçon d’harmonie, pas de technique : je mets mon égo de côté et je vous raconte mes quatre plus grosses galères en live.
Le genre d’histoires dont on ne se vante jamais entre musiciens.
Et pour vous donner le ton tout de suite : à la fin de cet article, je vous raconte comment j’ai foiré un solo improvisé devant 40 000 personnes.
Oui, 40 000. Mais on garde le pire pour la fin.
Fail n°4 : l’ampli qui plante sur le riff de « Satisfaction »
Tout commence avec mon tout premier groupe professionnel : un tribute band des Rolling Stones, 100% Stones.
J’en ai déjà parlé sur la chaîne, mais cette aventure m’a permis d’enchaîner 250 concerts en deux ans.
Une expérience incroyablement formatrice, que j’ai adorée.
Ce jour-là, c’est la Fête de la musique, et on joue à Montauban, sur la place principale de la ville.
Depuis les balances, je sens que quelque chose cloche : mon ampli a un petit souci de son.
C’était un VOX à modélisation, un ampli bourré d’électronique. Ça m’ennuie, mais je croise les doigts.
D’habitude, en tournée, j’ai absolument tout en double : guitares, câbles, cordes… Sauf que pour l’ampli, là, je n’ai pas de solution de secours.
Je suis à Montauban, je ne connais personne, et je vais devoir jouer avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.
Croyez-moi, quand vous savez qu’un problème de matériel peut surgir à tout moment, ce n’est vraiment pas agréable.
Le concert démarre bien. Pendant quasiment tout le show, l’ampli tient le coup.
Et puis vient la fin du set, avec forcément le morceau culte : « Satisfaction ». Si vous allez voir un tribute des Stones, c’est LE riff que vous attendez.
Avant d’attaquer, on avait un petit jeu de scène : tout le groupe jouait un accord de A pendant une dizaine de secondes, le batteur envoyait un dernier coup, et c’était à moi de lancer le fameux riff. Un vrai effet de surprise.
J’attaque la première note et là… pile à cet instant, mon ampli lâche. Pas une coupure nette, non : juste une énorme chute de niveau, presque plus de gain, un son tout rikiki.
Le riff le plus puissant du concert, saccagé. Et pour couronner le tout, j’étais sur l’avancée de scène avec le chanteur, à 7-8 mètres de mon ampli. Impossible d’aller vérifier quoi que ce soit.
Je me retrouve à jouer ce riff mythique comme sur une guitare acoustique débranchée. Je comble le vide avec un vieux jeu de scène complètement improvisé, parce que je ne savais tout simplement pas quoi faire. À la fin de l’intro, je me retourne, et je croise le regard du chanteur… qui en disait long. Un vrai moment de solitude. L’ampli, je l’ai jeté à la poubelle et j’en ai commandé un autre dans la foulée.
Fail n°3 : plus aucun effet en plein show avec Asian Dub Foundation
On passe à une situation bien plus récente, vécue l’année dernière avec Asian Dub Foundation, que j’ai eu l’honneur d’accompagner. On joue à Bergerac, dans une super salle. Les balances se passent sans accroc, le début du concert est génial.
Et puis, en plein milieu du show, plus rien. Coupure totale du son.
Ma règle d’or dans ces cas-là : ne JAMAIS arrêter la musique. Mon premier réflexe est donc de débrancher mon jack du pédalboard et de me brancher en direct dans l’ampli. La musique doit continuer, les techniciens vont chercher le problème, on va trouver.
Bonne nouvelle : en direct, j’ai du son. Mauvaise nouvelle : je n’ai plus accès à aucun de mes effets.
Et là, c’est un vrai problème, parce que chez Asian Dub Foundation, le son, c’est primordial.
Je mettais énormément de délai, quasiment sur tous les morceaux, de la wah-wah, des phasers, un tremolo bien énervé par moments…
Me voilà réduit au switch de l’ampli, un Hot Rod : je peux seulement passer du clean à la saturation. Quand j’attaque le riff culte de « Naxalite », je me retrouve avec une saturation sans aucune identité, là où j’essayais normalement de me rapprocher au plus près du son de Chandrasonic.
La wah-wah, que je mettais sur des intros cultes comme « La Haine », n’existe tout simplement plus.
Le souci technique étant arrivé au milieu du show, j’ai dû faire toute la seconde partie du concert de cette manière, ultra « dry ». Je n’étais pas fier : j’aime jouer dans de bonnes conditions et proposer quelque chose de qualité. À un moment, le chanteur Aktar vient même me voir : « Antoine, t’es sûr que tout va bien ? » Il voyait bien que je tirais la tronche et que le son n’était pas normal. Je lui ai répondu que tout allait bien, pour ne pas mettre une mauvaise ambiance.
Le coupable ? Mon transfo Voodoo Lab, que j’avais sorti pour l’occasion. Juste avant ce concert, j’avais reconstitué mon pédalboard au propre, et j’avais dû mal remettre un clip derrière. Avec les vibrations, tout a lâché. Une bonne leçon : depuis, je vérifie toujours scrupuleusement mon alimentation avant de reconstruire mon board.
Fail n°2 : trompé par l’effet Doppler… au clavier
Celle-ci est spéciale, parce que je n’étais même pas à la guitare, mais au clavier. À l’époque, je jouais avec Biga*Ranx. Je ne me souviens plus de la ville ni de la salle, mais du morceau, oui, croyez-moi : un grand standard du reggae, « Real Rock Riddim ».
On jouait à quatre — basse, batterie et moi au clavier — sur quelque chose de très simple : deux accords, A majeur et G majeur, sur un morceau globalement improvisé. Sauf qu’au bout d’une minute, je me dis : « Mince, c’est faux. » J’ai l’impression d’être un demi-ton en dessous. Le bassiste en face me dit quelque chose que je ne comprends pas.
Alors, sans trop savoir pourquoi, je décide volontairement de tout monter d’un demi-ton : je passe en Bb et Ab. Vingt secondes plus tard : toujours faux. Je rebascule en A.
Ce n’est qu’à la fin du concert que j’ai compris : je m’étais fait avoir par l’effet Doppler. Vous savez, ce phénomène avec la sirène du camion de pompiers : plus il approche, plus la note semble monter, et inversement quand il s’éloigne. Selon la manière dont le son me revenait sur scène, ma hauteur perçue était complètement faussée. Un phénomène purement physique m’a totalement berné.
Le pire, c’est que pendant que je jouais en Bb/Ab, le bassiste, lui, jouait juste, en A/G. Autrement dit, l’espace d’un instant, on jouait un demi-ton d’écart. Un carnage harmonique intégral. Je vous laisse imaginer le résultat.
Fail n°1 : le solo devant 40 000 personnes au Garorock
Et voici la pire situation de toute ma carrière de musicien professionnel. Toujours avec Biga*Ranx, il y a une dizaine d’années. On joue au festival Garorock, sur la grande scène. Une des plus grandes scènes de ma vie, vraiment impressionnante, avec entre 30 000 et 40 000 personnes. On passe vers 18h30, quasiment à l’horaire idéal, dans une ambiance de folie.
Vers le quatrième ou cinquième morceau, on démarre un titre construit sur deux accords : Cm et Gm. Globalement improvisé, sans solo de guitare prévu. Je faisais juste quelques effets de style avec mon délai et ma wah-wah. Sauf qu’à un moment, le chanteur crie au micro : « Solo de guitare ! » Comme ça, devant 40 000 personnes.
Je n’ai pas le choix, j’y vais. Une seconde pour activer ma saturation, un peu de délai, et je viens faire le show. Sauf qu’au bout de quelques secondes, je réalise que ce que je joue ne colle pas vraiment. J’improvisais en Do mineur pentatonique, en insistant bien sur la fondamentale Do… alors que le morceau était en Gm, avec le degré IV en tête.
Résultat : j’appuyais énormément sur le Do pendant l’accord de Sol. Attention, ce n’était pas « faux » au sens harmonique du terme, il n’y avait pas de fausses notes. Mais la relation entre le solo et l’harmonie n’y était pas du tout. Je phrasais en Do mineur alors que ce n’était pas la tonalité, avec des plans complètement hors contexte. S’il y avait des musiciens dans le public, je pense qu’ils ont dû se demander ce que je fabriquais.
Pour la petite histoire, quelques jours plus tard, je suis allé vérifier sur YouTube qu’aucune trace de ce solo ne traînait. Ouf : rien. Le crime parfait. Vous pouvez chercher « Biga*Ranx Garorock 2016 », vous ne trouverez rien. Mais moi, je m’en souviens parfaitement. Et vous aussi, désormais.

La vraie leçon : ne jamais s’arrêter de jouer
Malgré toutes ces galères, s’il y a bien une chose que la scène m’a apprise, c’est de ne jamais perdre son sang-froid. Continuer à jouer, si possible avec l’attitude et le sourire. J’ai beaucoup travaillé cette dissociation : « Je suis en train de louser, mais je continue à faire le boulot, à jouer avec un esprit rock. » Et d’une certaine manière, la scène pardonne tout à ceux qui continuent à jouer.
D’ailleurs, ce dernier fail fait un lien direct avec la pédagogie : ne pas suivre la grille d’accords, se tromper de gamme pentatonique… c’est exactement le genre de repères que je détaille dans mon e-book gratuit sur l’improvisation, « 8 cours, 8 semaines pour maîtriser les bases de l’impro ». Vous y trouverez mes repères persos pour créer un lien solide avec l’harmonie, ainsi que des backing tracks pédagogiques. Si vous voulez partir sur des fondations saines, je vous le recommande vraiment. Il est disponible gratuitement sur objectif-guitare.com.
Et maintenant, à votre tour : quelle a été votre pire situation sur scène, en répète, ou même dans votre salon ? Racontez-moi en commentaire, faites-moi rire à votre tour, je vous répondrai avec grand plaisir.


