Comment voler les plans de Jimmy Page pour enrichir vos impros ?
Un des plus grands guitaristes de tous les temps a laissé derrière lui une véritable mine d’or.
Des plans, des phrases, des idées qui ont façonné le rock et le blues. Et aujourd’hui, je vous propose quelque chose d’un peu culotté : on va se servir. On va voler les plans de Jimmy Page.
Rassurez-vous, le mot « voler » est volontairement provocateur. Il ne s’agit pas de faire du copier-coller bête et méchant, de recopier note pour note l‘intro de Since I’ve Been Loving You pour la ressortir telle quelle.
Non. L’idée, c’est de prendre ces plans, de les transposer, d’en changer le rythme, de les adapter à l’harmonie… bref, de se les approprier pour les rendre totalement personnels.
Dans cet article, on va décortiquer trois plans issus de morceaux cultes de Led Zeppelin, et surtout, je vais vous montrer la méthode pour les intégrer dans vos propres improvisations blues. C’est parti.
Les 3 plans du tuto + 3 en bonus ci-dessous
Pourquoi « voler » des plans de guitare est une excellente idée
Il y a une croyance tenace chez beaucoup de guitaristes : il faudrait tout inventer soi-même pour être un « vrai » musicien créatif. C’est faux, et c’est même contre-productif.
Tous les grands improvisateurs ont commencé par assimiler le vocabulaire de ceux qui les précédaient.
Jimmy Page lui-même s’est nourri des bluesmen américains.
Le vocabulaire, en musique, se transmet, se digère et se transforme. Voler un plan, ce n’est pas tricher : c’est apprendre une langue en réutilisant des tournures qui fonctionnent.
Le vrai enjeu n’est donc pas de savoir si vous devez piocher dans le jeu des autres, mais comment le faire intelligemment. Et c’est là que tout se joue : entre le guitariste qui recopie platement et celui qui s’approprie une idée pour en faire quelque chose de neuf, il y a un monde.
La méthode : trois compétences pour vous approprier n’importe quel plan
Avant d’attaquer les plans eux-mêmes, posons le cadre. Quand je prends un plan de Jimmy Page, je ne cherche pas à le reproduire à l’identique. Je garde la position et le vocabulaire, mais je travaille sur trois compétences précises.
Adapter le plan à l’harmonie
C’est la compétence la plus précieuse à mes yeux. Un plan a été joué dans un contexte harmonique donné, mais rien ne vous oblige à le rejouer tel quel. Vous pouvez le transposer, le recaler sur un autre accord, aller chercher les notes de l’harmonie du moment plutôt que de rester bloqué sur la pentatonique.
Ajouter des couleurs
La gamme mineure pentatonique, c’est très bien. Mais parfois, ça manque un peu de sel. Changer une seule note par-ci par-là, aller chercher une tierce majeure, une sixte, une septième, peut transformer complètement la saveur d’une phrase. Ce sont ces petites touches qui font la différence entre un plan scolaire et un plan qui respire.
Se libérer du rythme
C’est sans doute le point sur lequel j’insiste le plus. Les plans originaux de Jimmy Page sont souvent très techniques et rythmiquement complexes. Mais vous n’êtes pas obligé de reproduire cette vitesse. Prenez l’architecture du plan, les notes, les positions, et jouez-les avec votre propre phrasé. Ralentissez, respirez, placez les notes comme vous le sentez. C’est là que le plan devient vraiment le vôtre.
Plan n°1 : Since I’ve Been Loving You (adapter à l’harmonie)
Commençons par un extrait de l’intro de Since I’ve Been Loving You. Le morceau est en Do mineur, mais le passage que j’ai choisi se déroule sur Sol mineur, sur le cinquième degré.
Ce qui est passionnant ici, c’est que Jimmy Page ne se contente pas de rester sur la pentatonique de la tonalité. Il s’adapte à l’harmonie du moment et choisit Sol mineur pentatonique, en position 3, en insistant bien sur la fondamentale. Mieux encore : il enchaîne directement avec une triade de Sol mineur à laquelle il ajoute la septième, formant une tétrade de Sol mineur 7, avant de bender vers la fondamentale. On obtient un mélange parfait entre gamme et arpège.

(Si vous n’êtes pas encore à l’aise avec les positions de la gamme pentatonique, mon e-book gratuit « 8 semaines pour maîtriser les bases de l’impro » vous livre ma méthode de repérage pour devenir totalement autonome. Le lien est en fin d’article.)
Maintenant, comment caler ça sur notre blues ? Je vous propose d’être immédiatement créatif. L’architecture de cette position 3 rappelle celle d’une première position. On va donc transposer le plan en première position de La mineur pentatonique. Et plutôt que d’insister sur la quarte juste, on va aller chercher la tierce majeure juste à côté, pour coller à l’harmonie du blues majeur. On adapte, on ne recopie pas.
Résultat : un plan qui sonne magnifiquement sur le blues, sans avoir besoin de la vitesse de l’intro originale. Et surtout, plus personne ne reconnaîtra Since I’ve Been Loving You là-dedans. Le plan est devenu le vôtre.

Plan n°2 : Whole Lotta Love (changer une note pour tout transformer)
Deuxième plan, tiré du solo de Whole Lotta Love. C’est une phrase basée sur la gamme mineure pentatonique, avec une note qu’on va modifier, et vous allez voir que ça change tout.
Le morceau est en Mi. Le plan original navigue entre la première position et la position 3 de Mi mineur pentatonique, avec un gros bend au passage. Rien ne vous oblige à maîtriser ce bend à la perfection pour vous approprier l’idée : c’est l’architecture qui compte.
On transpose tout ça sur notre blues en La, en première position pour commencer. Là encore, on garde l’architecture et on ignore la rythmique précise du solo original. On peut même en tirer une phrase de répétition, un outil redoutablement efficace en impro blues.
Puis on passe sur la position 3. Et voici l’astuce qui fait toute la différence : au lieu d’aller chercher la note attendue, on vise la sixte majeure. Cette note ne fait pas partie de la mineure pentatonique, elle appartient à la majeure. En la faisant ressortir sur un blues majeur, on mélange mineur et majeur pentatonique, et on obtient une couleur beaucoup plus riche. Une seule note change, et toute la phrase prend une autre dimension.
Petit conseil au passage : quand vous travaillez vos plans, intellectualisez ce que vous faites. Dites-vous « ici je suis en première position, là en troisième, voici la tonalité ». Cette démarche proactive est ce qui vous rendra vraiment autonome.

Plan n°3 : Stairway to Heaven (la phrase de répétition)
Troisième et dernier plan, et celui-là me fait particulièrement plaisir : un extrait du solo de Stairway to Heaven. J’ai choisi une phrase de répétition, ce fameux plan rapide qui peut impressionner.
Encore une fois, oubliez la vitesse. Ce qui nous intéresse, c’est l’architecture. Le plan repose sur la quatrième position de La mineur pentatonique. On vient chercher les notes avec l’annulaire et l’index, et on construit une phrase de répétition à partir de cette structure.
Si le plan reste trop compliqué techniquement, notamment au niveau du bend, simplifiez. Un bend d’un ton plutôt que deux, joué avec de l’expression même s’il n’est pas parfait, sera toujours plus musical qu’un plan techniquement irréprochable mais sans âme. On fait du blues : l’expression prime sur la perfection.
Les phrases de répétition sont un outil que je ne recommanderai jamais assez en impro blues. Elles créent de la tension, de l’attente, et donnent une vraie direction à votre discours musical.

Assembler les trois plans dans un blues à 12 mesures
Le plus beau, c’est qu’on peut désormais caler ces trois plans dans un cycle de blues à douze mesures. L’idée n’est pas de les enchaîner mécaniquement, ce qui sonnerait scolaire, mais de les lier entre eux. Quelques notes de pentatonique par-ci par-là suffisent à faire la jonction et à donner de la fluidité à l’ensemble.
Avec seulement ces trois plans retravaillés, vous enrichissez déjà considérablement votre vocabulaire d’improvisation. Et surtout, vous avez appris une méthode reproductible : prendre l’architecture d’un plan, l’adapter à l’harmonie, ajouter des couleurs, et vous libérer du rythme. Cette méthode, vous pouvez l’appliquer aux plans de n’importe quel guitariste.
Récupérez les tablatures et passez à la pratique
La théorie, c’est bien. La pratique, c’est mieux. Pour vous accompagner, j’ai préparé un document bonus gratuit qui reprend les tablatures des trois plans analysés dans cette vidéo, avec leur décryptage. Et pour aller encore plus loin, vous y trouverez trois plans bonus de Jimmy Page à retravailler vous-même avec la méthode.
De quoi mettre les mains sur le manche et développer votre créativité pour de bon.
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Et maintenant, dites-moi en commentaire : quel guitariste aimeriez-vous que je cambriole pour la prochaine fois ? Je me ferai un plaisir de préparer une nouvelle vidéo avec vos suggestions.
À très vite pour de nouvelles aventures sur le manche.


