Le sweeping à la guitare : pourquoi ce n’est (peut-être) pas votre priorité
Le sweeping fascine des générations de guitaristes. Ces cascades d’arpèges jouées à une vitesse hallucinante ont quelque chose d’hypnotique, presque magique. Et pourtant, après plus de quinze ans à vivre de la musique et plus de 600 concerts, je vais vous avouer quelque chose : je ne maîtrise pas le sweeping.
Je ne l’ai jamais travaillé sérieusement, et je ne vous l’enseignerai jamais.
Attention, ne vous méprenez pas. Cet article n’est pas là pour cracher sur cette technique. C’est même tout l’inverse.
Le sweeping m’impressionne et me fascine depuis mes 17 ans. Mais je veux vous expliquer, à travers mon parcours, pourquoi ce n’est probablement pas la priorité pour votre jeu aujourd’hui — et pourquoi c’est peut-être une excellente nouvelle pour vous.
Le sweeping, cette technique qui m’a fait rêver
Tout commence à mes 17 ans. Je découvre la guitare shred avec Dream Theater et l’album Six Degrees of Inner Turbulence.
Dès le premier morceau, The Glass Prison, c’est un autre monde qui s’ouvre.
La vitesse, la précision, la maîtrise totale de l’instrument de John Petrucci me dépassent complètement.
À la même époque, je monte mon premier groupe et je commence à côtoyer des guitaristes.
Certains font du sweeping, et cela m’impressionne totalement. Une seule idée me trotte en tête : jouer comme ça. Enchaîner ces cascades de notes et devenir, en quelque sorte, un dieu de la guitare.
Je vous le dis clairement, car c’est important pour la suite : cette technique me fascine encore aujourd’hui.
Quand je vois un guitariste maîtriser le sweeping, je me dis toujours « mince, j’aimerais vraiment jouer comme ça ».
Le respect que j’ai pour ces musiciens est total.
Qu’est-ce que le sweeping, au juste ?
Pour ceux qui débutent, un petit rappel.
Le sweeping est une technique de médiator qui consiste à « balayer » plusieurs cordes d’un même mouvement fluide, généralement pour jouer des arpèges très rapidement.
Contrairement à l’aller-retour classique, le médiator effectue un seul geste continu à travers les cordes, ce qui permet d’atteindre des vitesses impressionnantes.
Et c’est là un point que je développerai plus loin : le sweeping, au fond, ce ne sont que des arpèges.
Des accords que l’on égrène note par note.
Le déclic au MAI de Nancy : une phrase qui a tout changé
À 19 ans, j’intègre le MAI, le Music Academy International de Nancy, une école réputée notamment pour le shred.
Je me dis alors : « Ça y est, je vais apprendre le sweeping, je vais devenir une machine. »
Sauf que très vite, j’ai compris quelque chose. Le sweeping ne serait pas ma priorité durant mon cursus.
Pas par désintérêt, bien au contraire. Mais parce que je sentais que pour devenir guitariste professionnel, il y avait d’autres priorités : le rythme, l’harmonie, l’improvisation, le développement de l’oreille, la capacité à suivre une grille d’accords en temps réel, et surtout, choisir les bonnes notes au bon moment.
Durant ce cursus, une phrase m’a marqué à vie.
Elle venait de mon professeur Hassan Hajdi, guitariste du groupe Ange, un musicien absolument incroyable qui maîtrise toutes les techniques. Lors d’un cours d’improvisation, il nous a dit :
« Ces techniques comme le sweeping ou le tapping sont passionnantes. Mais ce n’est pas forcément ça qui fera de vous un musicien professionnel. Ce n’est pas forcément ça qui vous fera manger. »
Mesurez bien la scène. C’est un virtuose, un guitariste qui maîtrise toutes ces techniques, qui nous dit cela. Son message était limpide : si vous voulez vivre de la musique, vos priorités sont ailleurs. Je n’ai jamais oublié cette phrase.

250 concerts plus tard : la vitesse ne fait jamais la différence
Une fois diplômé du MAI, je me suis dit : « Enfin, j’ai du temps, je vais pouvoir travailler le sweeping. » Eh bien non. Je me suis professionnalisé assez rapidement, et dans des styles qui ne demandaient pas du tout ce genre de techniques.
Ma première expérience pro ? C’est avec un tribute band des Rolling Stones, 100% Stones.
Je touche mes premiers cachets d’intermittent à 21 ans, et le rythme devient intense : 130 concerts par an, deux ans de groupe, environ 250 concerts au total. Toujours sur la route.
Et c’est là le cœur de l’histoire.
Pour apprendre tout ce répertoire, j’ai dû déchiffrer un nombre incalculable de morceaux à l’oreille.
Le leader du groupe était aussi très exigeant sur l’attitude à avoir sur scène : la classe, le sourire, le regard vers les autres musiciens, la communication.
Autant de choses que j’avais énormément travaillées, et qui n’ont rien à voir avec la vélocité.
J’ai préféré développer mon oreille, repérer les notes cibles sur le manche, travailler mon expression et ma présence scénique.
Si je n’avais pas développé ces compétences, je ne suis pas certain que j’aurais réussi mes auditions ni débuté comme musicien professionnel.
Ensuite, je monte à Paris pour accompagner l’artiste Biga Ranx. Changement total d’univers : reggae, hip-hop, dub.
Un style qui demande une rigueur rythmique énorme.
Je m’aperçois alors que, venant du rock, je suis rythmiquement un peu à côté. Il faut plus de retenue, un placement millimétré.
Je passe des heures à m’enregistrer et à m’écouter pour corriger mon jeu. Toujours pas de sweeping à l’horizon.
Avec les artistes que j’ai accompagnés, j’ai eu la chance de jouer sur des scènes incroyables : le Stade de France, le Printemps de Bourges, le festival de Dour, le plateau de Taratata, sans oublier une captation live au Bataclan. Et à chaque fois, la même logique s’imposait : ce qui faisait la différence, ce n’était jamais la vitesse.
C’était la justesse, le groove, l’oreille, l’attitude, et la capacité à servir la musique plutôt que de se servir soi-même.

L’élève ultra-rapide incapable de faire un vrai solo
Laissez-moi vous raconter une anecdote qui résume tout. À l’époque du Covid, je donnais beaucoup de cours de guitare en visio. Un nouvel élève arrive avec une demande simple : progresser en improvisation.
Je lui demande d’improviser sur un backing track pour analyser son jeu. Il commence… et j’hallucine. Une technique de dingue, du sweeping dans tous les sens, du tapping, une vélocité folle. Je panique presque : qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui apprendre ?
Mais en l’écoutant plus attentivement, un doute s’installe. Je lui demande de refaire une improvisation sur le même backing track. Et là, je comprends : il ne tient absolument pas compte de l’harmonie.
Le morceau était, disons, en sol mineur. Et lui déroulait la gamme de sol mineur sur tout le backing track, dans tous les sens, sans jamais s’adapter aux accords. Il connaissait toutes ses positions, mais il jouait « à côté » de la musique.
Je lui explique alors ce qu’est vraiment l’improvisation : prendre en compte la grille, l’analyser, repérer qu’ici il y a un sol mineur, là un do mineur, là un mi bémol. Puis choisir les bonnes notes au bon moment — cibler la tierce de sol, la quinte de do, la fondamentale de mi bémol.
Créer une véritable relation avec l’harmonie.
Pour l’aider, je lui propose un exercice très simple : un backing track de deux accords seulement, qui tournent lentement, en se limitant à la pentatonique. Et là, surprise : cet élève, techniquement redoutable, était incapable de faire une improvisation musicale sur deux accords.
Il repartait toujours dans ses travers, dans la vélocité, incapable de simplifier son jeu pour cibler les bonnes notes.
C’est toute la leçon. La technique sans la musique, cela impressionne deux secondes.
Cet élève avait de l’or dans les doigts, mais il n’avait pas développé son oreille ni sa connaissance du manche.
L’histoire est un peu triste : après cinq ou six cours, il a abandonné, incapable de simplifier son approche.
Le sweeping, ce ne sont que des arpèges
Soyons clairs, pour éviter tout malentendu : les guitaristes qui maîtrisent le sweeping ont tout mon respect. Cette technique me fascine, et je ne la trouve absolument pas inutile.
Si votre objectif est de jouer chez vous et de développer votre vélocité pour le plaisir, c’est parfait. Chacun ses envies, chacun ses besoins. Dans ce cas, oui, le sweeping peut tout à fait être une priorité.
En revanche, si votre objectif est de jouer en groupe, d’improviser, de faire des concerts ou même de devenir musicien professionnel, alors ce n’est tout simplement pas votre priorité. Vos priorités sont ailleurs : le rythme, l’harmonie, les notes cibles, l’importance des triades.
D’ailleurs, je trouve un peu incohérent de travailler son sweeping sans savoir qu’une triade de ré majeur se construit avec ré, fa dièse et la.
Car le sweeping, au fond, ce ne sont que des arpèges.
Quand je joue une forme de sweeping en ré majeur, je ne fais que jouer ré, fa dièse et la.
La technique n’est que le véhicule ; c’est la connaissance de l’harmonie qui donne du sens aux notes.
C’est exactement ce que je transmets à travers ma chaîne YouTube et mon site Objectif Guitare, et c’est ce qui me permet de vivre de la musique depuis plus de quinze ans : l’importance du rythme, de l’harmonie, de l’improvisation, et la capacité de suivre une grille d’accords en temps réel pour créer une vraie relation avec la musique.
En résumé : concentrez-vous sur l’essentiel
Alors non, vous ne travaillerez jamais le sweeping avec moi. Et c’est peut-être la meilleure nouvelle pour votre progression.
Plutôt que de courir après la vitesse, développez votre oreille, apprenez à visualiser le manche, comprenez l’harmonie et entraînez-vous à choisir les bonnes notes au bon moment.
Ce sont ces compétences qui feront de vous un musicien complet, capable de jouer avec d’autres et de vous faire plaisir sur scène comme à la maison.
Si vous souhaitez partir sur des bases solides en improvisation, j’ai créé un ebook gratuit de 8 cours sur 8 semaines pour maîtriser les fondamentaux de l’impro. Il a déjà été téléchargé plus de 10 000 fois et contient ma manière de visualiser le manche, l’importance de l’harmonie, ainsi que des backing tracks pédagogiques pour pratiquer.
Et vous, quel est votre rapport au sweeping ? Est-ce que cette technique vous fascine, ou est-ce que vous vous en moquez totalement ? Dites-le moi en commentaire, j’ai hâte de vous lire.


