Plans de guitare en impro : pourquoi copier Gilmour et Slash ne vous sert à rien (et comment faire mieux)
Collectionner les plans de guitare de ses guitaristes préférés pour les replacer en impro : c’est un réflexe que je vois chez énormément de guitaristes. Prenez le deuxième solo de Comfortably Numb, de Pink Floyd, un des plus cultes de l’histoire du rock. Vous l’avez peut-être déjà appris note pour note, tab sous les yeux.
Et pourtant, si vous l’apprenez comme la plupart des guitaristes, ce plan ne vous servira absolument à rien en impro.
Un plan qu’on n’analyse pas, et surtout dont on ne comprend pas le lien avec les accords, n’a pratiquement aucune valeur.
Dans ce tuto, je vous le prouve avec deux solos cultes : Comfortably Numb de Pink Floyd et November Rain des Guns N’ Roses.
Puis je vous donne ma méthode en 3 étapes pour vous approprier n’importe quel plan.
Les 4 plans bonus du cours à télécharger ci-dessous :
Le piège du copier-coller en improvisation
Je vais être cash. Piquer des plans à droite à gauche et les recaler tels quels dans vos impros, c’est le niveau zéro en termes de créativité.
C’est comme apprendre par cœur une phrase dans une langue que vous ne parlez pas. Vous pouvez la réciter, c’est très bien. Mais la placer au bon moment, la modifier ou en inventer une autre… impossible.
Le vrai problème est là. Le guitariste que vous reprenez s’est peut-être dit, en composant son solo : « Sur le troisième accord, je vais viser la tierce majeure. » C’est toute la magie de l’improvisation : le lien avec l’harmonie.
Et ça, ce n’est écrit sur aucune tablature. Oui, la note compte. Mais ce qui compte surtout, c’est l’accord sur lequel vous la placez.
Comfortably Numb : ce que la tab ne vous dit pas
Prenons un exemple concret : les trois premières mesures du deuxième solo de Comfortably Numb, une phrase ultra culte.

L’analyse classique : gamme et positions
On est en Si mineur, et David Gilmour utilise la première position de la [gamme pentatonique mineure] de Si. Il fait une résolution sur la quinte juste avec un très beau bend, puis une petite phrase hors rythme. Ensuite, il se décale sur la deuxième position, avec un bend d’un ton et demi.
Première et deuxième positions de Si mineur pentatonique : c’est une information utile… mais elle ne dit pas pourquoi ces notes-là. Et c’est là que la plupart des guitaristes s’arrêtent.
L’analyse qui compte : la grille d’accords
Lorsque vous analysez des plans de guitare, comprendre la grille est impératif. Ici, elle enchaîne Si mineur, La majeur, Sol majeur et Mi mineur.
Regardez la troisième mesure : le fameux bend d’un ton et demi tombe pile sur l’accord de Sol majeur. Gilmour part du Si, la tierce majeure de Sol, pour monter jusqu’au Ré, la quinte juste. Ce sont des notes cibles.
Gilmour ne balade pas ses doigts au hasard sur le manche. Il sait qu’un Sol majeur arrive, et il vient le représenter en ciblant sa quinte. C’est ce qui rend ce bend aussi puissant.
Le plan de Gilmour sur un blues en La : ça passe… par hasard
Maintenant, faisons ce que font 90 % des guitaristes. On transpose les deux positions de la pentatonique en La, on adapte un peu le rythme, et on recale le plan sur un slow blues en La.
Résultat ? Ça passe. Plutôt bien, même.
Sauf qu’il y a une grosse part de hasard. Le plan n’a pas été analysé d’un point de vue harmonique. Il fonctionne sur ce blues, mais sur une autre grille, un backing track pop par exemple, il pourrait très bien tomber à côté. Et surtout, on pourrait en faire tellement plus.
Comment aller beaucoup plus loin avec le même plan
Reprenons le plan, en l’analysant cette fois dans le contexte du blues.
La phrase tourne autour de la tierce. Sur un blues, c’est une mine d’or : on peut jouer sur la dualité entre tierce mineure et tierce majeure, et profiter de la septième mineure, juste à côté. Autant de blue notes à mettre en valeur.
La septième mineure du plan d’origine, on la garde : elle sonne déjà très blues. En revanche, là où le plan se contente de viser la tierce mineure, on peut aller plus loin en jouant avec la tierce majeure.
L’idée, c’est de faire trois choses :
- garder l’architecture du plan, c’est-à-dire les deux positions et la courbe de la phrase ;
- adapter le rythme, parce qu’une ballade rock et un slow blues n’ont pas du tout la même ambiance ;
- et surtout adapter les notes fortes à l’harmonie.
La différence s’entend immédiatement. Les blue notes ressortent, la phrase a été remodelée, et on ne reconnaît même plus vraiment le plan de Gilmour. D’ailleurs, ce n’est plus le sien : c’est le vôtre.
November Rain : quand le copier-coller ne marche plus du tout
Avec Gilmour, on a eu un peu de chance. Prenons un cas beaucoup plus extrême, avec un plan que j’adore : le début du solo de November Rain, de Slash.
Chaque note est collée à son accord
La grille enchaîne Fa majeur, Ré mineur et Do majeur, et chaque note du solo est pensée pour ces accords.
Sur Fa majeur, Slash cible la tierce majeure de Fa : le La. Quand l’accord passe en Ré mineur, il continue de résoudre sur ce même La, qui appartient aussi à l’accord de Ré mineur. C’est une résolution par note commune, absolument magnifique. Puis, dès que le Do majeur apparaît, il résout sur le Do, la fondamentale de l’accord.
Le solo épouse littéralement l’harmonie.
Copié-collé sur un blues : le massacre
Que se passe-t-il si on prend ce plan tel quel, construit sur la quatrième position de la pentatonique mineure, et qu’on le recale sur notre blues en La ?
Pas de miracle : ça frotte complètement, ça n’a plus aucun sens. Ces notes étaient pensées pour Fa, Ré mineur et Do… et aucun de ces accords n’apparaît dans notre blues.
Adapté à la grille : le plan redevient génial
Ce plan, avec son double bend, je l’utilise d’ailleurs dans mes impros. Mais pour qu’il fonctionne sur un blues en La, je dois le faire coller à l’harmonie.
Je change un peu les rythmes pour le personnaliser, et surtout je cible les bonnes notes. Je reste en quatrième position et je joue avec la tierce majeure de l’accord.
Le plan redevient génial. Moralité : le problème, ce n’était pas le plan. C’était le copier-coller.

La méthode en 3 étapes pour vous approprier un plan de guitare
Alors, faut-il jeter les plans ? Surtout pas. Il suffit d’appliquer une méthode en trois étapes.
Étape 1 : analyser la technique sur l’instrument
Quelle gamme, quelle position ? Pour Comfortably Numb : Si mineur, première et deuxième positions de la pentatonique. C’est l’analyse brute, sur le manche.
Étape 2 : analyser la grille d’accords
Cette étape est obligatoire. Pour Comfortably Numb : Si mineur, La majeur, Sol majeur, Mi mineur. Repérez sur quel accord tombe chaque note importante.
Étape 3 : garder l’architecture et adapter les notes
Conservez la structure de la phrase et modifiez les rythmes. N’hésitez surtout pas, je le fais quasiment systématiquement. Puis repérez les notes cibles : telle note, je la relie au deuxième accord, telle autre au troisième… C’est là que se fait le vrai travail de fond.
Un document bonus pour vous entraîner
Pour expérimenter la méthode, j’ai préparé un document bonus : quatre extraits de solos de deux à quatre mesures. Pour chacun, vous avez l’analyse (position pentatonique, triade…) et les accords. Les deux premières étapes sont faites ; à vous d’appliquer la troisième sur vos backing tracks préférés.
👉 [Télécharger le document bonus]
« Oui mais c’est super difficile ! »
Je vous entends d’ici : « Analyser chaque plan, connaître ses tierces, ses quintes… c’est un travail de fou ! »
Je ne vais pas vous dire que c’est difficile. Par contre, c’est clairement du boulot.
L’improvisation est un des sujets les plus difficiles à aborder seul : pentatoniques, triades, modes, harmonie… La clé, c’est de structurer son apprentissage, pas de piocher un plan par-ci, une gamme par-là.
Je vais être honnête : en plus de 15 ans d’enseignement, je n’ai jamais vu un guitariste y arriver seul en pratiquant 15 à 30 minutes par jour sans cadre. C’est sûrement possible, mais au prix de longues heures, de doutes et de remises en question. Ce qui fait la différence, ce sont les bonnes étapes, un cadre, une structure.
C’est pour ça que j’ai écrit mon e-book gratuit, « 8 cours, 8 semaines pour maîtriser les bases de l’improvisation ». C’est ce que j’aurais aimé avoir quand j’ai débuté l’impro. Vous y trouverez :
- huit cours structurés à suivre dans l’ordre ;
- ma méthode de repérage perso sur le manche ;
- comment aborder l’harmonie ;
- comment suivre une grille d’accords en temps réel ;
- des backing tracks pédagogiques pour pratiquer.
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En résumé
Un plan de guitare, ce n’est pas une suite de notes à recaler n’importe comment. C’est une idée musicale, pensée pour un moment précis, sur un accord en particulier.
Votre mission : prenez un plan que vous aimez et appliquez les trois étapes. Analysez-le sur l’instrument, analysez la grille, puis gardez son architecture, modifiez les rythmes et adaptez les notes à votre propre grille.
Et dites-moi en commentaire sous la vidéo quel solo culte vous aimeriez que je décortique dans un prochain épisode !


