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Le film « Whiplash », méthode incroyable pour progresser ?

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Réalisé par Damien Chazelle, le film « Whiplash » est sorti au cinéma en 2014.
C’est l’histoire d’un jeune batteur de Jazz de 19 ans, Andrew, déjà au niveau excellent qui souhaite devenir batteur professionnel.
Entrant dans une prestigieuse école, il est coaché par un professeur tyrannique, Terence Fletcher, n’hésitant pas à humilier ses élèves.
Pour ce dernier, c’est la seule méthode pour viser l’excellence.

Mon résumé est terriblement réducteur mais je vous épargne la critique cinématographique.
Je vous recommande vivement de le regarder !
Même si vous jugez la méthode discutable, vous passerez sans aucun doute un très bon moment de cinéma.

Hormis le fait que ce soit un très bon film, très bien réalisé avec une BO digne des plus grands standards de Jazz, il est aussi une sacrée leçon pour toutes celles et ceux qui souhaitent repousser leurs limites.

Vous allez être surpris…mais j’ai vécu le même genre de situation dans mon école.

Différentes méthodes d’apprentissage

Lors de l’apprentissage d’un instrument, plusieurs méthodes de travail s’offrent à nous :

  • Apprendre en autodidacte.
  • Prendre des cours particuliers avec un professeur privé ayant une méthode personnelle et amusante (Cela peut être aussi bien des leçons orientées musiques actuelles ou alors « classique »).
  • La méthode conservatoire, celle-ci fait généralement grincer les dents. Proche du film « Whiplash »

J’ai commencé la guitare à 14 ans en autodidacte.
Malgré des progrès rapides, cela ne m’a pas empêché de développer beaucoup de mauvaises habitudes.
Qu’elles soient rythmiques ou techniques.
C’est lors de mon passage au Music Academy International de Nancy que j’ai enfin mis en place de bonnes habitudes.
Voulant me professionnaliser, il a fallu bouleverser beaucoup de choses dans mon jeu de guitare mais aussi dans mon état d’esprit !

Mon expérience de pédagogue, proche de cette méthode ?

Autant le dire directement, en tant que professeur particulier et ayant travaillé avec des enfants, je n’ai jamais employé cette méthode que je qualifierai de mauvaise !

Je ne visai pas l’excellence, mais le développement d’une passion.
J’avais donc un rôle éducatif. Une sorte de guide.
Je donnais des clefs aux plus jeunes pour se découvrir, connaître une culture qui leur permettait à terme de choisir leurs genres préférés.
Ils développèrent ainsi une attitude proactive pour leurs propres futurs, et pas forcément en musique !
Une attitude générale ! Sur leurs choix personnels, leurs passions, leurs envies !
Plutôt que de rester passif à regarder la télé ou à écouter la radio, je les encourageais à devenir « acteur » et non « spectateur ».
Certains de mes élèves ont découvert et sont devenus fans de Led Zep, Rammstein ou encore les Stones et les Red Hot. Et c’était leurs choix !

Imaginez un seul instant un enfant prenant des cours de guitare avec un professeur à la méthode rigide et qui s’énerve sur l’élève dès la moindre erreur.
Je ne vois pas en quoi l’humiliation peut profiter à un enfant de 10 ans.
Ce n’est pas la meilleure manière de forcer ce dernier à trouver sa voie et à s’épanouir.

Il s’agit de la méthode conservatoire qui est terriblement désastreuse pour une majorité des aspirants musiciens.
Le conservatoire vise l’excellence dès le plus jeune âge.
Possédant un échantillon tellement important d’élèves, ils peuvent en « sacrifier » 90 % via une méthode tyrannique au profit de 10 % d’élèves excellents qui deviendront des élites.

Sans cesse le progrès, roue au double engrenage, fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un

Victor Hugo

Ce n’est pas ma vision de la pédagogie, y compris pour l’élève adulte.
Son intérêt n’est pas de jouer à Bercy mais de s’éclater chez lui en jouant des solos de Metallica ou des Guns N’ Roses.
Nous pouvons toutefois nous donner certains challenges, mettre en place certains objectifs.
Une sorte de pression positive qui est indispensable à la progression, mais pas la « méthode Whiplash » !

Le film « Whiplash », une méthode pour se professionnaliser ?

Vous l’avez compris, je trouve la méthode très mauvaise pour véhiculer la passion aux enfants et même aux adultes.
Je ne serai pas du même avis en ce qui concerne la professionnalisation.
Pourquoi ?
Sur le terrain, en tournée, en situation, vous avez besoin d’être excellent !
Vous devez avoir les bonnes réactions, la bonne attitude.
C’est ce qui fait de vous un bon musicien et pas uniquement la vélocité ou la technique !
Et seule l’expérience peut relever ce défi !
Ce que j’appelle la différence entre la carte et le territoire.
La différence entre l’école et la vie.

J’ai fait face à des situations tellement « abracadabrantesques » dans ma carrière de musicien, aussi petite soit-elle, que je suis content d’avoir eu un coach similaire à ce que l’on voit dans le film « Whiplash ».
Sans doute que je n’aurai jamais eu l’opportunité de vivre cette vie de musicien.
Les situations hallucinantes qui m’ont demandé efficacité, réactivité et excellence, j’en ai eu des centaines !

J. K. Simmons jouant le rôle de Terence Fletcher
J. K. Simmons jouant le rôle de Terence Fletcher



Laissez-moi vous raconter mon histoire :

Comment je suis passé de timide et introverti à confiant et déterminé

À 19 ans, j’ai décidé d’arrêter mes études pour devenir musicien.
J’ai fait ma rentrée au MAI en septembre 2008, découvrant une école bienveillante à l’exception d’un prof : Richard-Paul Morellini.

Directeur de l’école et supervisant l’atelier « découverte », le but de son cours était de jouer en groupe des chansons que nous n’avions jamais joué ensemble.
Guitaristes, bassistes, batteurs et chanteurs étaient donc tous réunis pour cet atelier.
Il y avait une chanson par cours, une fois par semaine.
Celle-ci était totalement réarrangée 5 minutes avant de la mettre en place tous ensemble.
Nous devions jouer la chanson en « One shot ». Du début à la fin sans erreur.
Il fallait être attentif aux signaux de RPM au cas où il voulait que le guitariste parte en improvisation par exemple.
Si on n’assurait pas, on était viré en étant humilié.
Les titres choisis allaient de Police à Gino Vannelli en passant par Marcus Miller.
Vous voyez le prof dans le film « Whiplash » ? Eh bien c’était lui (sans les violences physiques) !

Music academy international, école de musique à Nancy
Music Academy International de Nancy


Timide, introverti et manquant de confiance en moi, j’avais terriblement peur au début et n’avais pas envie d’essayer (le cours était une option).
Je me souviendrai toujours de mes pensées 5 minutes avant mon premier passage :
« Au pire, je me fais virer du cours, je pleurerai dans mon coin et le lendemain j’aurai tout oublié ».
Il pétait un câble à la moindre erreur.
C’était l’humiliation !
J’en ai vu des musiciens se faire virer pour une erreur de structure, baisser la tête, ranger leurs guitares dans leurs étuis et ne jamais revenir…

J’ai découvert une nouvelle facette de ma personnalité dans son cours puisque j’ai tenu toute l’année !
J’ai changé d’état d’esprit du jour au lendemain lorsque j’ai découvert sa méthode que je qualifierai de « Whiplash ».
Au début de l’année nous étions 50 guitaristes, 30 batteurs 15 bassistes, 20 chanteurs.
Il resta à la fin de l’année 8 guitaristes, 2 batteurs, 4 bassistes et 5 chanteurs.
Ainsi, nous pouvons faire une analogie avec notre situation du conservatoire…90% / 10% !

Ma première audition en Décembre 2010 et la mise en application du film « Whiplash »

Je vais vous surprendre, c’est le meilleur professeur que j’ai eu toute catégorie confondue, éducation nationale comprise !
C’était le seul qui se rapprochait du « terrain », de la situation réelle.
Et ça évidemment, je l’ai su quand j’étais en situation, bien des années plus tard !
C’est grâce à cet apprentissage que j’ai réussi mes premières auditions et à faire face à un bon nombre de situations hallucinantes.

Tout début décembre 2010, j’ai reçu un appel téléphonique d’un groupe avec qui j’étais en contact : « Antoine, on vient de perdre notre guitariste, on a une tournée de 80 concerts qui commence dans 10 jours, es-tu intéressé ? Si oui, il faut bosser 35 chansons, on fait une répétition pour voir si ça roule et c’est parti pour l’aventure ».
Eh bien figurez-vous que la réponse, il faut la donner sur le moment, c’est oui ou non !
La situation urgeait, et le groupe n’avait pas le temps d’attendre.
Ma réponse fut : OUI !
J’avais 1000 euros de côté, j’ai acheté un minimum de matériel exigé par le groupe.
J’ai déménagé de Nancy à Chambéry du jour au lendemain car le groupe y était basé.

Une fois arrivé, le groupe a été ravi de mon efficacité.
Sans la méthode du film « Whiplash », je n’aurai jamais eu l’état d’esprit pour relever ce défi.
Ce groupe s’appelle 100% Stones, j’y suis resté 2 ans.
J’ai fait 250 concerts avec eux, dont le Stade de France !

Attention, je ne dis pas qu’il faut prendre des risques démesurés.
Il y a une différence entre sauter d’un banc et se jeter du 17ème étage d’un immeuble.
Mais si vous sentez que vous pouvez le faire et que vous êtes sur à 100%, faites-le !

Le milieu de la musique est réputé pour être un milieu « cool ».
Si vous êtes « cool », vous êtes mort…

C’est un environnement qui requiert 2 fois plus de rigueur qu’un métier « normal ».

Un solo pas prévu devant 50 000 personnes

Juin 2016, scène principale du festival Garorock.
Lors d’une chanson, l’artiste que j’accompagnai à ce moment m’a demandé de faire un solo alors pas du tout prévu.
Certainement qu’il aimait l’ambiance et il avait envie d’un solo de guitare sur le moment présent, ce qui est parfaitement compréhensible.
J’ai eu une mesure (à peine 3 secondes) pour appuyer sur mes pédales, aller en plein milieu de la scène et faire un solo en secouant la tête que je n’avais absolument pas préparé.
Solo qui s’est avéré désastreux à mon sens car je suis parti sur une gamme pentatonique de Cm alors que le morceau était en Gm.
Bon, il y a pas mal de notes communes entre ces deux gammes, mais niveau musicalité ce n’était pas dingue !
Mais il fallait le faire, et bien sûr avec le sourire et l’attitude ! Comme si de rien n’était !

J’aurai pu évoquer des dizaines d’autres exemples, mais je pense que vous visualisez où je veux en venir.

La méthode du film « Whiplash » selon les ambitions de chacun

J’ai relevé les forces et les faiblesses de cette méthode dont je ne suis pas un partisan absolu.
Elle dépend uniquement de la situation et des ambitions de chacun.

J’ai argumenté fortement en faveur de la méthode du film « Whiplash » dans le but de la professionnalisation car on peut la penser mauvaise à court terme.
C’est logique, les effets directs sont visibles. C’est facile de la juger.
Pourtant nous réalisons combien elle est source d’apprentissage sur le long terme quand on vit les choses en réel ! Mais c’est beaucoup plus compliqué de le savoir. Seul le temps le confirme.

Attention, je ne dis pas que c’est bien ! C’est juste que l’environnement du terrain est comme ça, et que la méthode « Whiplash » est utile quand on fait face à l’incertitude fortement aléatoire de certaines situations comme dans le cas de mes deux exemples.
Ce n’est aucunement la seule méthode, chaque musicien a son propre avis et crée son propre chemin.
Dans mon cas très personnel, cela a été très utile.

  • Lorsque vous passez une audition, pas de seconde chance.
  • Un artiste vous demande un solo pas prévu devant 50 000 personnes, pas de seconde chance.
  • Vous jouez devant 30 000 personnes et vous avez 30 minutes pour faire vos réglages car le régisseur l’a décidé ainsi. La communication avec l’ingénieur du son quasi impossible car il parle espagnol et que vous commencez le concert en entendant ni votre guitare, ni la batterie…Pas de seconde chance !

Un seul mot : JOUEZ !


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